Hier soir, j'ai décidé d'assister à la projection d'un film burkinabè à la salle Emergence, vous savez : celle de Zakaria Gnegne.

Le film, c'était L'amour est encore possible, une histoire de mari qui se fait surprendre par son démon de midi... Un ami lui conseille de prendre du bon temps, "on n'a qu'une vie" ! mais il tombe sur une femme qui cherche l'argent et fout le bordel... Mais happy end à la fin, les Burkinabè aiment : il se remet avec sa femme pendant que la jeune maîtresse se rend compte que l'amour est possible, que l'argent n'est rien. Tout est bien qui finit bien.
Parlons du film ? Justement, ce matin, j'avais rendez-vous avec Idrissa Ouedraogo, cinéaste qui a su porter ses films à Cannes comme ailleurs et qui, désormais, s'occupe de production (NDK production) et de distribution (ARPA). C'est notamment le producteur du film d'hier soir, dans lequel on retrouve une partie de l'équipe de Boubakar Diallo. Ouedraogo veut parler avant tout d'"image africaine" et non plus seulement de cinéma africain. Ce qui compte aujourd'hui, et c'est la même démarche que Diallo, c'est que l'Afrique soit en mesure de produire ses propres images. Convaincu que c'est aujourd'hui nécessaire, il rêve que les autres pays du continent s'y mettent.
Conscient de ce que représente la pratique cinématographique "pure", lire : le tournage en pellicule, il n'est pas dupe de la faiblesse des moyens qu'il se donne dans la production de films en vidéo comme celui d'hier soir. Les limites techniques du films sont réelles, des techniciens pas très doués au manque d'argent : le film est éclairé avec le soleil genre réflecteurs absents, éclairages en pleine gueule d'un seul côté, les acteurs ont quelques soucis avec le texte, les cadrages... je n'en parle pas. N'empêche ! la salle a vraiment accroché à ce qu'il se passait sur l'écran !
Idrissa Ouedraogo a sûrement raison de parler d' image et non de cinéma : ce que j'ai vu hier, c'était de la DV, un produit hybride, quelque part entre le ciné et la télé. Malgré les faiblesses de l'entreprise, le public a ri, moi aussi ! j'ai ri, et le fait est que ces films marchent : ils font parfois plus d'entrées que les prods européennes ou américaine !
L'image africaine sort des festivals, rencontre son public... ça bouge ! A n'en pas douter, le public va gagner en exigence, les films vont s'améliorer... on a le droit d'y croire !