L’Afrique n’existe plus…

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photographe inconnu

Nous avons vécu tout ce que l’humanité a fait de pire: génocide, esclavage, colonisation, guerres, famine, maladie, pauvreté…Alors que d’autres sont les premiers à faire des découvertes dans les domaines technologiques et scientifiques, nous sommes les premiers à découvrir comment souffrir des symptômes d’une maladie ou comment en mourir. « Nous ne servons à rien et nous n’avons rien apporté à l’humanité. » Nous finissons par le penser.

Ces fléaux humains, biologiques et naturels que nous connaissons sans cesse, ont fini par avoir raison de nous et de notre identité. Nous sommes totalement perdus. Entre amour et désillusion, nous avons saisi une branche. Cette branche qui s’appelle occident, ou Chine, peu importe. Nous avons décidé d’avoir confiance en eux, pas en nous. Notre confiance, nous n’en sommes pas dignes. Nous avons oublié le sens de la famille et l’ordre de la générosité. Chez nous, la générosité bien ordonnée commence par les autres. Les autres en qui nous nous voyons. Ceux à qui nous avons décidé de ressembler. Vous avez compris. Nous voulons être comme eux. Parler comme eux, être accepté par eux. Cette recherche constante d’amour de la part de ceux qui nous ont autrefois humiliés nous fait perdre notre identité. Nous les aimons tellement que nous finissons par nous détester. Nous les aimons car nous les admirons. Ils ont façonné ce monde, établi les règles. Ils l’ont rendu beau et vivable. Chose qu’on ne pourra jamais faire.

Heureusement, que nous avons ces modèles que nous aimons tant. Il faut donc être comme eux. Apprendre leurs manières, leur histoire, en délaissant les nôtres. Il faut comprendre leurs mentalités et s’y conformer. Nous leur donnerons de la force, en alimentant leurs systèmes, en travaillant pour eux. Ils sont forts, il faut qu’ils le restent. Nous franchirons même la limite de changer notre couleur de peau pour leur ressembler. Parler leur langue ne suffit pas, il faut parler comme eux. Oui l’excuse est trouvée : « il faut bien se faire entendre », mais qu’en est-il de cette gêne quand ils se moquent de notre accent. « Noir et fier » nous le crions haut et fort. L’histoire et le présent nous apprennent cependant, qu’on peut dire des mots sans les penser.

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Dessinateur inconnu

Nous sommes africains ! Mais qu’est-ce que c’est que l’Afrique ?  Comment est-elle née ? Comment a-t-elle vécu ? Pourquoi parler d’Afrique dans un monde occidentalisé ? Non monsieur, madame, l’Afrique est juste une terre, mais elle n’existe pas. C’est une utopie, un rêve, un mythe. Notre corps se trouve sur cette terre, mais notre cœur est ailleurs. Nous le disons nous-mêmes avec fierté, nous sommes noirs mais nous réfléchissons comme eux.

Nous sommes perdus et nous le savons. Il n’y a qu’eux qui pourront nous permettre de nous retrouver. Faisons leur confiance. Notre cas est difficile, la tâche est dure. Laissons-leur du temps. Ils nous ont dit en se moquant « Il n’y a pas plus aveugle que celui qui refuse de voir ». Mais nous n’avons pas compris. Est-ce une blague ? Oui, certainement.

C’est clair que chez nous, les écrivains n’ont aucun talent. A quoi bon enseigner la littérature africaine à nos enfants ?

C’est connu de tous, l’Afrique n’a pas d’histoire. Enfin si, son histoire ne se limite qu’à la naissance de Lucy, à l’esclavage et à la bataille nationale contre la colonisation. Nous enseignerons donc  l’histoire occidentale à nos enfants. Nous leur parlerons de leurs guerres gagnées et perdues. Nous ne parlerons vaguement que de l’histoire de leur propre pays. Celle des pays aux alentours n’est pas si importante que ça. C’est vrai que pour un ivoirien par exemple, la guerre de Cuba est plus importante que la guerre entre le Mali et le Burkina-Faso. Nous vivons ensemble sans nous connaître, et nous nous étonnons de nous faire la guerre.

Il n’y a pas de craintes à avoir. En sachant comment sont les autres, nous arriverons certainement à nous connaître. En connaissant leurs erreurs, nous éviterons certainement celles de nos parents. C’est comme essayer d’ouvrir la porte de sa maison avec la clé de sa voiture. Gardons la foi, ça marchera.

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Dessinateur inconnu

Bientôt nos enfants seront grands. Comme nous, ils pourront bomber le torse et citer dix personnalités historiques européennes. Ils se bomberont encore le torse quand ils arriveront avec difficulté, à citer trois personnalités africaines qui ont marqué l’histoire. Enfin… deux, car Kirikou n’est pas réel.

Les européens sont nos frères. Avec eux, nous nous rappelons ce qu’est le partage africain. Ce qui est à nous, est à eux. Et puis, zut ! Nous leur donnerons même plus, ils le méritent plus que nous. Il faut leur donner nos terres, notre sous-sol et notre argent. Nous leur donnerons nos matières premières et nous leur achèterons leurs produits finis, quitte à marcher encore plus vers l’extrême pauvreté.

Nos leaders nous crieront « consommer africain ». Ils nous le diront en s’habillant à l’occidental, en se soignant en occident et en y investissant leurs biens. Ils organiseront même les congrès de leurs partis politiques en Occident. Ils puiseront dans nos ressources pour les nourrir. Ils préféreront leurs entreprises aux nôtres et s’étonneront du chômage et de la pauvreté. Aucun effort ne sera fait pour créer des multinationales 100% africaines. A quoi bon créer de la concurrence ? Ils demanderont la permission à l’Occident avant de mettre en place des politiques sociales chez nous. Ils attendront que l’occident reforme notre système éducatif. Ils commerceront avec lui et lui demanderons d’émettre notre monnaie. Pendant ce temps, le voisin se meurt. Le voisin produit mais ne trouve pas preneur. Pourquoi acheter chez lui quand on peut acheter ailleurs?

Nous, Nous nous battrons pour nos leaders. Nous tuerons notre voisin qui est toujours là pour nous lorsqu’il se permettra de critiquer notre leader politique. Nous achèterons les habits des plus grandes marques occidentales en délaissant les stylistes africains. Nous accorderons même plus de valeur à ce qui est produit chez eux que chez nous. Oui, les magasins Primark auront plus de valeurs que ceux de Woodin. Nous pleurerons leurs morts en abandonnons les nôtres. L’arbre à palabre s’est délocalisé. Il se trouve maintenant en Occident. Nous les appellerons donc quand nous nous battrons entre nous. Nous leur demanderons de nous aider, de parler à notre frère belligérant. Nous les paierons même pour cela et nous nous plaindrons après de leur ingérence dans nos affaires.

Bref, à quoi bon se battre pour l’Afrique si nous faisons seulement semblant d’y croire. Je vous dis, l’Afrique n’existe plus. Elle est morte avec Soundjata Keita, avec Anna zingha ou Chaka Zulu. L’Afrique n’est plus mais elle attend qu’on la ramène à la vie.

 

Yves Bada

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