Mais que se passe-t-il au Gabon? Réponses de Grégory Tankes

Nous avons écrit un article après la proclamation des résultats présidentiels au Gabon: « les élections se gagneront au Ping-Bong » dans lequel nous mettions en cause les deux prétendants au poste présidentiel. Aujourd’hui, le pays est encore dans la crise. Nous nous sommes rapprochés de Grégory Tankes, activiste politique soutien de Jean Ping pour en savoir un peu plus sur la situation qui prévaut dans ce pays.

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Grégory Tankes : Bonjour mon frère et merci de t’adresser à moi pour cette interview. Je tacherai d’être le plus sincère, le plus clair et le plus impartial possible.

Regards d’Afrique : Nous avons assisté, sans grand étonnement d’ailleurs, à une confusion après les élections présidentielles au Gabon. Cela a été relayé sur les médias de masse mais depuis, plus aucune information. Peut-on présumer que la situation s’est améliorée et stabilisée?

 GT : Effectivement comme l’on pouvait s’y attendre en Afrique et au Gabon en particulier une confusion s’est installé tout de suite après la victoire de jean Ping volée par Ali Bongo à l’élection présidentielle.

Depuis la situation ne s’est pas arrangée et je dirai même, qu’elle s’est aggravée et a plongé le pays dans le chaos. C’est la banqueroute totale, contrairement à l’image que tentent difficilement de vendre Ali Bongo et son gouvernement, cela n’est un secret pour personne.

RDA : Vous soutenez Jean Ping et affirmez comme tous les pro-Ping que Bongo a volé l’élection. Cependant, Ping est aussi accusé de fraudes. Qu’en dites-vous?

 GT : Je commencerai par dire que je ne le revendique pas comme tous les pro-Ping, mais plutôt comme tous les Gabonais étant lucides et cohérents avec eux-mêmes. Je vais aussi souligner que je parle ici en connaissance de cause car j’ai été le coordonnateur adjoint de la Galaxie Jean Ping Europe et que j’ai donc participé activement à la campagne et à l’organisation des élections en Europe.

Il est important de souligner que Jean Ping a gagné cette élection au moment où la coalition s’est faite autour de lui. Comme vous le savez les principaux acteurs de l’opposition (tous ceux qui avaient un vrai poids électoral) ont accepté de se ranger derrière Jean Ping, ce qui a entériné l’adhésion du peuple qui était désireux de sortir enfin de la misère et de l’esclavage subis depuis l’accession des Bongo au pouvoir.

Permettez-moi de rajouter que la coalition s’est faite parce que le peuple gabonais l’a exigé à Jean Ping, à Casimir Oyé Mba, Guy Nzouba Ndama et à monsieur Ngoulakia.

RDA :Pensez-vous que Ping a mené une bonne campagne électorale? Nous qui l’avons écouté de loin, l’avons trouvé quelques fois mauvais. Etait-ce nécessaire, par exemple, pour une personne comme lui qui n’est pas à 100% Gabonais de baser son argument phare sur la filiation douteuse de Bongo? N’a-t-il pas joué le jeu de la division comme ce fut le cas en CI lorsque certains mettaient en cause la nationalité du président actuel?

 GT : Je reste convaincu que toutes les choses humaines sont perfectibles. Néanmoins Jean Ping a mené une très bonne campagne. Lorsque Jean Ping a mis un accent sur la filiation d’Ali Bongo, il n’a fait que répondre à des sous-entendus que faisaient circuler des éléments du camp adverse sur sa propre personne. De plus, comme dans tous les pays du monde, le Gabon a une constitution dont l’Alinéa 3 de l’article 10 spécifie : « Toute personne ayant acquis la nationalité gabonaise ne peut se présenter à la présidence de la république. Seule sa descendance ayant demeuré sans discontinuité au Gabon le peut, à partir de la quatrième génération. »

Partant de ce constat, Ali Bongo s’il était respectueux des lois du pays qui l’a accueilli et tout donné, n’aurait pas commencé un rapport de force et ainsi violé la constitution du Gabon. Jean Ping est métis, de mère Gabonaise, il est né au Gabon, parles les langues locales et est parfaitement au fait des coutumes gabonaises, ce qui n’est pas le cas d’Ali Bongo qui n’y connaît rien. Pourtant nous avons le souvenir que son père était un vrai Africain… cherchez l’erreur.

Je ne pense pas qu’il ait joué le jeu de la division. Je me demande souvent qu’est ce qui empêche les Africains de respecter les lois ? Comment pourrions-nous avoir du respect pour des gens, qui font le serment solennel de respecter la constitution du pays qu’ils veulent diriger, mais qui commencent par la violer ?

De plus, l’argumentaire de Jean Ping n’était pas essentiellement basé sur la filiation d’Ali Bongo puisqu’il avait un projet et une vision à défendre, ce qu’il a fait dans chacun des petits villages qu’il a traversé à travers le Gabon en étant hébergé chez l’habitant.

Pour ce qui est du président ivoirien, je ne peux pas vraiment donner mon avis, n’étant pas au fait des détails de cette affaire. J’ignore s’il y a existence de preuves qui auraient pu prouver que le Président OUATTARA n’était pas ivoirien, mais dans le cas du Gabon les preuves ont été faites.

RDA : En Afrique, l’on a cette fâcheuse tendance de diviniser nos hommes politiques. Ma question est la suivante : lutter-vous contre Bongo ou, lutter-vous pour Ping? La nuance est importante.

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GT : De par ma nature, je ne suis pas un grand fan du culte de la personnalité, mais la question est une des plus importantes de notre époque. Nous luttons avant tout pour la légitimité et le respect du vote populaire. Il y a des actions que nous posons pour arriver à un but. Dans ce cas précis, le peuple Gabonais après 50 ans de « Bongoïsme » a fait le choix délibéré de sortir de cette gouvernance destructrice pour poser les jalons du nouveau Gabon avec Jean Ping. Quoi de plus naturel, que de s’attendre à ce que notre choix soit respecté ?

Alors pour répondre à la question, nous luttons pour nous émanciper de l’esclavage orchestré contre nous par les Bongo et avons fait le choix de soutenir Jean Ping qui nous semble être le meilleur atout pour la création du nouveau Gabon que nous appelons de tous nos vœux.

RDA : Monsieur Tankes, vous êtes un fervent défenseur de l’Afrique et vous êtes comme j’ai cru le comprendre, contre toute ingérence de la France en Afrique. Pourtant ici en France, des Gabonais au meeting de Nicolas Sarkozy et de Najat Belkacem ont appelé à une intervention de la France au Gabon. N’est-ce pas contradictoire avec la bataille que vous menez au niveau de l’Afrique?

 GT : Il est vrai que je suis un fervent défenseur de notre mère (Afrique) et je reste convaincu, qu’en l’état actuel de nos pays nous devrions procéder à de nombreux changements de mentalité, de paradigme, d’idéologie, mais surtout de système, car notre vrai problème, ce n’est peut-être pas l’individu au sommet de l’état, mais le système installé par le général de Gaulle sur nos pays et qui ne correspond pas à notre réalité.

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Depuis plusieurs années nous y travaillons et expliquons tout cela à travers la Fédéralitude le courant de pensée dont José Mene Berre est l’initiateur.

Dans le cas de la France, notre objectif n’est pas de leur demander de s’ingérer dans la politique Gabonaise, mais plutôt de les inviter à constater les dégâts incommensurables que monsieur Sarkozy et ses amis à savoir Vincent Bolloré, Martin Bouygues et bien d’autres encore ont causés et enfin à les réparer.

Chez Nicolas Sarkozy nous scandions, « Sarkozy, viens chercher Ali Bongo » car c’est lui qui l’avait installé en 2009. D’autre part nous avons voulu leur faire savoir que désormais, nous allons nous inviter dans la politique française et inverser la vapeur, ce que nous avons fait en taclant Manuel Valls et Nicolas Sarkozy pendant les primaires.

RDA : Nous voyons sur les réseaux sociaux la radicalité des propos. Des termes comme « cafards » sont mêmes souvent utilisés entre les camps adverses, n’y a-t-il pas un risque de guerre civile? Car, rappelons-le, même s’il est donné perdant, Bongo a quand même recueilli au moins 40% de voix.

 GT : Il est vrai que cette expression a été quelquefois employé, mais est-elle moins agressive que de traiter les Gabonais de « chiens qui aboient » ? (expression employée depuis très longtemps par le clan Bongo).

Ali Bongo n’a pas recueilli 40 % des voix c’est déjà là une augmentation, plus que substantielle du score, c’est impossible !

Pour ce qui est du risque de guerre civile, je me permets ici de rappeler qu’au soir de la proclamation des résultats, Ali Bongo a armé une milice composée de plusieurs autres communautés africaines et de quelques éléments de l’armée Gabonaise, pour attaquer et faire feu sur des populations civiles et désarmées qui étaient en train de chanter des louanges et danser au Quartier général de son opposant qui venait de gagner.

Je rappelle également que jusqu’à présent nos compatriotes sont assassinés chaque jour dans les villages du sud et dans toutes les autres villes du Gabon par des proches d’Ali Bongo sans que personnes n’en parle. Ali Bongo est le seul à posséder des armes, une milice et une armée dans ce pays. S’il y a guerre civile, lui seul en sera l’instigateur.

Je saisis cette occasion pour dire que nombreux sont ceux qui souhaitent justement prendre leur destin en main en affrontant Ali Bongo et sa milice, mais le président Jean Ping est un fin diplomate qui a trop de respect pour la vie.

RDA : Nous avons appris que la CPI se déplace au Gabon. Pouvez-vous-nous apporter votre lumière sur cette information?

 GT : Suite aux assassinats de masses et aux disparitions de nos compatriotes, la société civile Gabonaise aidé par les populations se sont constitués partie civile auprès de la CPI et nous leur avons fourni un dossier avec des preuves, des photos et des témoignages des survivants qui ont dû déplacer les cadavres de leurs amis touchés lors des attaques du QG de Jean Ping.

D’ailleurs le pouvoir moribond et aux abois d’Ali Bongo, vient de mener une énième tentative de distraction en organisant un simulacre de putsch. Ils ont fait passer un pseudo opposant à la télévision des Bongo qui prétendait avoir miné les bâtiments administratifs et qu’il donnait 72 heures à Ali Bongo pour lever le Camps. Pour plus de crédibilité, ils ont simulé l’attaque de la Radio Africa numéro 1, coupé le signal de RFI en prétextant des travaux et ils ont pris possession de TV+ (télévision de l’opposition) pour y faire circuler le message du prétendu opposant piégeur.

Voyez-vous ? Pour nous Gabonais, ceci est du niveau des émissions de téléréalité qui passent ci et là sur les chaines françaises. Ça n’a aucun impact, car nous sommes bien formés et comprenons très vite ces minables tentatives de distractions, le but principal étant d’assassiner Jean Ping ou de le mettre en prison.

RDA : Quel message pouvez-vous adresser à cette jeunesse africaine qui a du mal à s’imposer sur la scène politique et à imposer le ton pour le développement de nos Etats ?

 GT : Pour les nôtres, je dirai que nous vivons depuis longtemps dans un monde qui n’est pas le nôtre et dont nous ne maîtrisions ni les tenants, ni les aboutissants et cela doit absolument changer.

Notre malheur vient essentiellement de notre inaptitude à demeurer dans le calme pour écouter, étudier et finalement comprendre que notre problème c’est nous et les choix que nous faisons ont un impact, bien souvent plus grand que ce que l’on imagine. Notre mère (Afrique) souffre parce que nous ne voulons pas changer notre façon de faire et notre mentalité.

Pour changer le monde, changeons-nous nous-mêmes et cela commence par les rapports de force. Combien de pays Africains fabriquent des armes ? Aucun, mais c’est nous qui les utilisons le plus.

Nous sommes le seul continent dont le sol et le sous-sol sont riches, nous sommes le seul continent au monde dont la population se renouvelle naturellement et correctement, contrairement à l’Europe et aux Amériques dont les populations sont vieillissantes.

Alors pourquoi avoir peur en l’avenir ? Voulons-nous vraiment renverser la vapeur de la domination ? Quels moyens nous donnons-nous ? Quel monde avons-nous l’intention de laisser à nos enfants ?

Nous avons aujourd’hui la responsabilité de répondre à ces questions.

Chacun doit comprendre que notre premier problème c’est nous et le deuxième c’est le système qui organise nos États et qui ne produit que misère et désolation.

C’est parce que je suis un Africain, que je vous invite à en prendre conscience et faire votre propre examen de conscience.

Je vous remercie.

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