Discussion: Polygamie culture ou fantasme pervers?

Avant-propos 

YVES : Nous avons été surpris d’entendre ces derniers temps, dans des forums sur les réseaux sociaux, des débats sur la polygamie. Dans certains forums, un sondage était même organisé. Oui, vous avez bien entendu : la polygamie. Dans un monde qui réclame, en apparence en tout cas, l’égalité des sexes, la question se pose encore aujourd’hui dans certains pays : « doit-on légaliser la polygamie ? ». D’aucuns vous diront que c’est une ancienne pratique qui doit être bannie, quand d’autres répondront que cela est nécessaire dans certaines mesures, dans certaines conditions et dans certains paradigmes.

La chose qui a attiré notre attention est la position de certaines femmes. Oui, certaines femmes veulent la polygamie. En faisant des recherches pour écrire cet article, nous avons appris qu’au Sénégal, il n’y a pas si longtemps que ça, certaines femmes militaient même pour la polygamie. Au Cameroun, encore aujourd’hui, l’époux à la possibilité, lors de son premier mariage à la mairie, de choisir entre la polygamie et la monogamie. Et détrompez-vous, il y a des femmes, bien que instruites qui acceptent ce choix.

Alors, polygamie, fléau à bannir ou mal nécessaire ?

ERIC : Il me parait évident que toute société se doit d’évoluer. Les infrastructures évoluent, la technologie prend place pour essayer de faciliter le quotidien, certaines pratiques naissent pendant que d’autres disparaissent. Néanmoins, soyons clair, cela ne revient pas à dire que toute évolution est bonne à prendre. L’évolution, le changement nous demande  de faire des efforts, de nous libérer de nos préjugés et de faire preuve d’un bon sens aigu. L’introduction et l’acceptation de nouvelles pratiques, de nouvelles règles s’obtiennent à la suite d’un compromis basé sur le pragmatisme. « Ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui » le disait à juste titre Jean Paul Sartre .Nous vivons en communauté et nous devons agir en prenant en compte l’intérêt général. Nous nous engageons dans un contrat social qui n’est pas un contrat individuel, mais la somme de nos volontés pour faire naître un terrain d’entente.

Aujourd’hui la question de l’évolution se pose plus que jamais. Nous assistons à des transformations profondes dans nos sociétés qui parfois font débat.

Le mariage homosexuel, la gestation pour autrui, le réchauffement climatique sont entre autres des sujets qui peinent à faire l’unanimité dans nos agoras, dans nos foyers, dans nos maisons. Le débat tourne autour du caractère rétrograde de ces pratiques là et bien d’autres encore. Font-elles honneur au statut actuel de nos sociétés ? La question se pose et reste difficile. Sur quels critères doit-on se baser? La majorité? La religion? La logique? Notre intime conviction? Notre éducation?

Vous comprendrez que plus les choix défilent plus devient difficile l’espoir de trouver une réponse unanime.

Nous avons décidé néanmoins de discuter d’un sujet assez récurrent sur plusieurs continents, dans de nombreuses sociétés, non moins important: La polygamie.

Dans cette discussion nous (Yves et Eric) tenterons de faire un débat sur le sujet pour orienter les avis des uns et des autres et surtout susciter le débat autour de nous et partout.

L’impact de la religion

ERIC : Selon moi, la polygamie n’est que la formulation de la perversion de l’espèce masculine, la concrétisation d’un fantasme du mâle dominant sur sa femelle.

Je tiens dans un premier temps à dire que je ne traiterai pas ce sujet avec un œil religieux. Glisser sur ce terrain reviendrait à parasiter ce débat.

Je tiens par ailleurs à préciser que je ne fustige aucune religion. De nombreuses personnes ont toujours fait cette opposition entre chrétiens et musulmans sur ce thème là. Pour couper court à ce débat inutile, je vous ferai remarquer que personnages bibliques comme musulmans ont pratiqué la polygamie. Dès lors, personne n’est mieux placé pour donner des leçons à l’autre.Comme la société, la religion aussi se doit d’évoluer. C’est un fait, elle n’a pas été à l’abri au fil du temps de l’interprétation de l’Homme. Je pense que pratiquant religieux ou non, nous nous accordons tous sur le fait que le principal est de faire du bien autour de soi. Je reste convaincu qu’il n’y a pas de mauvaise religion, il n’y a que de mauvais pratiquants. L’homme comme le disait Freud n’est pas cet être débonnaire. Il reste soumis à ses pulsions et se sert de tout ce qui pourrait le contenter. Il n’est donc pas impossible que ses pulsions, son environnement aient guidé certains préceptes. L’homme est constamment tenté de satisfaire son besoin d’agression, d’exploiter son prochain et surtout l’utiliser sexuellement. Fort de cela, je me permets de réitérer mon point de vue en disant que la polygamie a cette part de dépravation.

YVES : Avant tout propos, notre point commun est que nous sommes tous les deux contre la polygamie. J’insiste là-dessus, je ne veux pas me retrouver à dormir sur le canapé (Rires). Mon propos sera d’essayer de comprendre pourquoi elle est encore d’actualité.

Bien sûr, tu ne traites pas le sujet sur un point de vue religieux, mais tu as une conception chrétienne de la polygamie et cela joue ; peu importe ce que tu penses et ce que tu dis. Notre éducation et nos convictions jouent TOUJOURS sur notre manière de penser et d’appréhender la vie, peu importe notre « objectivité ». Je le mets entre guillemets, car tous les hommes quelque soit leur point de vue, pensent être ultra objectifs. Les gens croient que dire ce qu’ils pensent c’est être objectif.

J’insiste là-dessus, car nous avons tendance à juger, souvent sans comprendre, ce qui va à l’encontre de nos convictions. On ne peut pas négliger l’impact de la religion dans ce débat car c’est grâce à elle que la polygamie n’existe plus dans ces grands pays qui en sont aujourd’hui choqués.

Le choix des femmes

YVES :La polygamie va contre nos convictions à tous les deux. Je suis d’accord, il y a forcément et effectivement un côté pervers dans la polygamie ; surtout quand on voit que des hommes très âgés épousent de très jeunes filles. Dans bien des cas, les femmes sont considérées comme des jouets. Pourtant, et j’étais choqué de l’apprendre, il y a, même aujourd’hui, des sociétés dans lesquelles des femmes militent pour la polygamie.Et tiens toi bien, elles sont instruites. C’est le cas au Sénégal(1).Etrange ! Mais le fait d’être contre la polygamie ne devrait pas nous empêcher de nous demander pourquoi des femmes acceptent et militent dans certains cas pour la polygamie.

Tu sais, il y a des sociétés dans lesquelles la plus grande misère d’une femme est de finir seule et sans enfants. Il est mal vu dans ces sociétés d’être une « vieille fille ». Et dans ces sociétés, la polygamie est réclamée par les femmes car elles sont plus nombreuses que les hommes. Chaque pays a ses réalités. Chaque pays a sa conception d’égalité hommes-femmes.

ERIC : Pour revenir au point selon lequel la polygamie se doit d’exister parce que certaines femmes y consentent, Je dis non. Je suis contre cette fatalité.

Sous prétexte qu’une femme l’accepte, la polygamie est juste ? Sous prétexte que je ne veux pas finir « vieille femme » je dois tout accepter ? Alors si nous faisons une petite analogie, sous prétexte que je suis pauvre, je vis dans la misère et que je suis la honte de ma famille, je dois accepter par exemple de vendre mon âme au diable pour avoir la gloire et la richesse si l’occasion se présentait ? Ou rejoindre un gang de voleurs ?

Certaines femmes l’acceptent parce qu’elles ont été simplement conditionnées.

Je rappelle que pendant longtemps, en Europe,en Afrique, dans de nombreuses sociétés, le mariage était un ascenseur social. Il a longtemps été présenté surtout pour la femme comme un signe de réussite. Dans l’entendement d’un grand nombre de personnes les femmes n’étaient voire ne sont que bonnes à faire des enfants et s’occuper d’un foyer. L’éducation de cette époque dans sa majorité s’est attelée à leur inculquer cette vision. Dès lors pour ces femmes là le mariage était et pour certaines encore actuellement reste une obsession.Selon moi cette éducation était et reste fausse. Le mariage, le foyer, les enfants concourent à l’épanouissement mais ne peuvent définir une personne dans son entièreté (je suis moi même père et époux).D’autres éléments de notre vie, de notre environnement peuvent définir notre personne et notre existence comme par exemple le travail, les connaissances, les amis et j’en passe.

Mon avis est que ces sociétés (de polygamie)  pour revenir à celles là n’ont pas eu l’honnêteté intellectuelle de donner le choix  aux femmes, il y a une façon voilée d’imposer cette idée, celle de l’acceptation de la polygamie dans des sociétés qui en majorité restent analphabètes et pauvres.

YVES : Je comprends ton point de vue. Je le partage en quelques points. Mais tu sembles ignorer quelque chose : certains mots comme liberté, émancipation, réussite… sont subjectifs. Ils ne sont pas vus de la même manière par tout le monde. Le sens de « la réussite » change d’un personne à une autre, peu importe le genre.

Je m’explique : il existe dans chaque pays, des personnes pour qui la réussite c’est d’avoir de l’argent, un bon métier. Pour d’autres, la réussite c’est d’avoir une famille, ou même se sentir proche de leur dieu. La réussite c’est surtout ce qui nous rend heureux. Et certaines personnes sont prêtes à tout pour être heureuse.

Tu dis donc que ces femmes sont conditionnées, mais elles, pensent aussi que les femmes qui privilégient leurs carrières au détriment de la famille sont conditionnées. En fait,nous sommes TOUS conditionnés. Nous sommes contre la polygamie car nous sommes nés et avons vécus dans une société qui la condamne. Aurions-nous été contre cette pratique si nous avions vécu dans une société qui l’acceptait ?

Eric : Je vais avant tout répondre à ta question. Je trouve que ce genre de « questions fiction » sont très faciles. Rien ne dit que j’aurai été pour ou contre. Nous ne sommes pas en mesure d’avoir une réponse sûre et certaine. J’en veux pour preuve le fait que certaines personnes nées dans ces sociétés qui pratiquent la polygamie n’y adhèrent pas tandis que d’autres a contrario, celles qui n’y sont pas nées n’y voient aucun inconvénient. Je pense en outre qu’une grande majorité de ces femmes refuseraient la polygamie si elles avaient la possibilité de choisir entre un polygame et un non polygame.

Tu soutiens qu’elles n’envient pas ces femmes qui ne vivent que pour leurs carrières, je suis d’accord mais n’empêche que le cas que tu évoques reste assez rare.

Ne penses-tu pas aussi qu’elles envient ces femmes qui ont réussi dans leur carrière, ont une belle famille et un mari non polygame, fidèle qui les considère comme leur reine ? Je pousse un peu le trait pour te montrer que devant un tel tableau le culte de la polygamie ne ferait pas long feu.

Ton point de vue est défendable. En effet nous sommes tous conditionnés par nos sociétés, mais nous avons aussi un libre arbitre, une vision qui peut nous être propre même si elle est en partie influencée par notre environnement. Comme je le disais tantôt, nous sommes amenés à évoluer en faisant preuve de compromis et d’esprit de justice. Si la polygamie s’inscrit dans ce cadre-là pourquoi dans ces mêmes sociétés ne permettons-nous pas aux femmes de la pratiquer vu que cela participe à l’épanouissement et au bonheur des uns et des autres.

Conclusion :

YVES : Le sujet est délicat. Nous prenons un risque à en parler. Surtout moi qui joue la carte de celui qui essaie de comprendre. J’espère, en tout cas, que mes propos ne donnent pas l’impression aux lecteurs que je défends la polygamie. J’en suis contre bien entendu, mais j’essaie de comprendre, peut-être maladroitement, pourquoi elle existe au point que certaines femmes militent pour cela.

Mais j’insiste : tout comme le port du voile, l’homosexualité et j’en passe, l’acceptation ou non de la polygamie dépend surtout de l’environnement dans lequel on vit et je dirai de notre conditionnement.

J’ai connu des femmes instruites qui vivaient dans des foyers polygames. Le Cameroun qui n’est pas un pays musulman propose, lors de la célébration civile du mariage, l’option « Polygamie ». Cela peut choquer, cela choque. Mais doit-on juger un homme qui pratique la polygamie quand son entourage, sa religion et sa culture lui disent que c’est une bonne chose ? Doit-on juger une femme qui veut la polygamie car dans sa culture, la plus grande honte est de finir sa vie célibataire et sans enfants ?

Tout est surtout une question de culture. Et n’oublions pas, aucune culture n’est supérieure à une autre.

Si la polygamie va toujours et tout le temps contre l’émancipation de la femme, il faut la bannir. Mais c’est bien cela le problème : quand des femmes indépendantes et instruites la défendent, qu’elles soient conditionnées ou pas, il peut être difficile de trancher sur la question.

Eric :Le mariage est un engagement sacré, un beau défi que nous nous engageons à relever. Conscients de cette nature d’éternel insatisfait, hommes comme femmes, nous nous engageons à nous consacrer à une seule personne, idéalement pour la vie. Dès lors, la polygamie me parait être une solution de facilité. Aucun défi, aucune imprévisibilité, aucune réelle passion.

Comment peut-on se consacrer à plusieurs personnes ? du moins de façon juste et équitable ? Je mets quiconque au défi de me trouver un polygame qui aime ses femmes de la même manière, avec la même intensité.Un peu de sérieux !

On a beau être bien traitée en tant qu’épouse dans un tel foyer, il y règne toujours un climat de tension et de jalousie, l’Homme par nature n’étant pas partageur. Il est déjà difficile d’entretenir une relation avec une seule personne qui souvent peut se sentir délaissée je vous laisse imaginer une relation avec deux, trois, quatre ou vingt-cinq femmes. Un peu de sérieux ! La culture et la religion peuvent mettre en avant des préceptes qui ne sont pas forcement compatibles avec l’évolution de certaines choses, avec les lois de la société. Par exemple, dans la Bible, certaines règles de l’Ancien Testament ont été rejetées avec l’évolution de la société.

La polygamie n’est en rien l’expression de l’amour. Il s’agit purement et simplement d’une question de domination et de force. On se rappelle que dans le passé il s’agissait notamment de démontrer sa puissance financière en contractant des mariages avec plusieurs femmes. C’est malheureusement encore le cas. Les hommes sont plus forts que les hommes pour aimer plusieurs femmes, pour s’occuper d’un foyer à plusieurs femmes ? Un peu de sérieux !

Je terminerai mon propos par un conseil aux femmes en leur réaffirmant que le mariage n’est pas un signe de réussite de sa vie ou dans sa vie. Le mariage c’est la réussite de votre amour, de votre complicité, du respect que vous vous portez, votre époux et vous. Rien d’autre !

(1) selon un article d’Afrik.com du 19 Juillet 2006.

 

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